Blac-WabaBintou Wéré ou l'Europe vue par l'AfriqueSamedi 27 octobre, 19h45: devant le Théâtre du Châtelet, un homme vend des billets pour la dernière représentation du spectacle Bintou Wéré - un Opéra du Sahel. À l'intérieur du théâtre, plusieurs personnes s'inquiètent de ne pas avoir de places. Dans la file, une femme ayant apprécié le spectacle, revient le regarder pour une deuxième fois. Après une tournée mondiale à Bamako, capitale du Mali, le succès de cet opéra a suivi cette troupe, composée seulement d'africains, vers le chemin de la France. « C'est la première fois que je vois un événement de ce genre réunir autant d'africains et de jeunes » confie une spectatrice. Un voyage au pays du Sahel L'entrée des musiciens en boubou se fait sous les applaudissements du public, venu très nombreux assister au spectacle. Les lumières éteintes, le voyage en Afrique commence. Sur scène, le griot fait entrer les notables du village sous les sons des koras, tambours et autres instruments traditionnels, suivis des belles femmes du Sahel. C'est la fête de l'indépendance. Le retentissement d'un tambour marque l'entrée du personnage principal, Bintou (Djénéba Koné), d'abord rejeté par les habitants du village. Les chorégraphies se confondent avec les belles mélodies africaines et forment une véritable harmonie. Bintou, un personnage atypique. Cheveux en l'air et vêtue de vêtement fades, Bintou ne ressemble pas aux autres femmes du sahel portant de jolies tissus et des bijoux. A la fois sensuelle et effrontée, le personnage de Bintou nous donne une autre vision de la féminité, celle d'une femme aussi vaillante qu'un homme représentant ainsi le courage. Bintou est comparée par le sage du village (Kemoko Condé) à des figures emblématiques africaines tel que Yennega, femme ghanéenne à l'origine du peuple mossi (Burkina Faso). « L'Europe n'est pas votre terre » Cette ancienne enfant soldat à qui on a volé l'enfance, porte en elle l'espoir d'une jeunesse africaine en quête d'un avenir meilleur se trouvant derrière les barbelés de Melilla (Espagne)grâce à la loi du droit du sol évoqué par le passeur Diallo (Ibrahima Loucard). Chanté en wolof (Sénégal), bambara (Mali), malinké (Guinée), créole de Guinée Bissau, Bintou Wéré aborde le thème de l'immigration qui reste toujours d'actualité, suite à l'adoption de la loi d'Hortefeux sur les tests ADN qui durcit le regroupement familial. Cet opéra traite aussi à travers l'humour ou la colère des personnages, ce rapport amour/haine des africains envers l'Europe, une terre qui à la fois rejette ses immigrés et permet de nourrir les proches de ces derniers. La fin du spectacle prend une forme assez pathétique : ces hommes et femmes épuisés, munis d'échelles lors de leur traversée et n'ayant plus d'espoir, retournent sur leurs pas en laissant Bintou morte. Mimi K Article ajouté le 2007-11-05 , consulté 53 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " Spectacle "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |