Allo allo… Aimé Césaire ne répondra plus.
L'écrivain Aimé Césaire est décédé jeudi matin à 94 ans à l'hôpital Pierre Zobda-Quitman de Fort-de-France où il était hospitalisé depuis une semaine.


Né en 1913 à Basse Pointe, sur la côte nord de la Martinique dans une famille de petits fonctionnaires, le département étant sous le statut de colonie. Son grand-père, premier enseignant noir en Martinique lui transmet sa soif de la culture. Il poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au Lycée Louis Le Grand de très grande renommée.
Étudiant à Paris dans les années 1930, il devient l'un des pères fondateurs du concept de la négritude .Le terme de négritude apparaîtra dans la revue l'étudiant noir qu'il a fondé en 1934 avec Leopold Sédar Senghor premier président sénégalais avec la collaboration de Léon Gontran Damas, Guy Tirolien et Birago Diop.
Aimé Césaire donnera naissance à une œuvre poétique le Cahier d'un retour au pays natal, publié en 1939 date de son retour en Martinique. Il fonde le parti progressiste martiniquais (PPM) en 1958.
Maire de Fort-de-France (1945-2001), et député (1945-1993), le poète aura consacré une bonne partie de sa vie à lutter contre le colonialisme et le racisme.
Homme politique, poète et écrivain, Césaire était un symbole qui affirmait et était fière de ses origines. Des obsèques nationales seront organisés pour le « chantre » de la négritude qui reposera peut-être dans la cour des grands, au côté des hommes qui ont servi la patrie française, au Panthéon.
Cahier d'un retour au pays natal - extraits
Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot
mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?
Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l'oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d'une forêt de bêtes traquées de machines tordues d'un jujubier de chairs pourries d'un panier d'huîtres d'yeux d'un lacis de lanières découpées dans le beau sisal d'une peau d'homme j'aurais des mots assez vastes pour vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu'à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes
Il me suffirait d'une gorgée de ton lait jiculi pour qu'en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d'un soleil que n'entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.
Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies ».
Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »
Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie n'est pas un spectacle, car une mer de douleurs n'est pas un proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »
Article ajouté le 2008-04-17 , consulté 19 foisCommentaires
hostyn site : www.blogafrique.org | le 24/04/2008 à 18:39:28
Il est vrai, Césaire, une source devenue intarrissable s'est transformé.
Mais cet homme est toute une oeuvre.
Il fait désormais partie de la culture Nègre et rien ne nous fera l'oublier au risque de nous oublier
CESAIRE VIT A JAMAIS EN CULTURE POUR NOUS.
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