Marguerite Abouet « Je suis pour la paix, pas pour l’ivoirité »
Le succès de la bande dessinée "Aya de Yopougon" poursuit son chemin. Aussi captivant qu'un épisode de la série ivoirienne « Ma famille », l'histoire des jeunes de Yop city suscite autant d'intérêt et revient avec un troisième volume. Après un séjour à l'île de la réunion auquel l'ouvrage a reçu un prix, Marguerite Abouet, l'un des auteurs d'Aya, a accordé une interview à Blac-Waba . Rencontre.
A travers votre Bd vous voulez donner une autre image de l'Afrique, pourtant la scène se passe dans les années 80...
Je ne voulais pas parler du sida et de la famine. Il est vrai qu'Aya de Yopougon se situe dans les années 80 mais jusqu'aujourd'hui ça se passe comme ça. Les jeunes ont toujours les mêmes préoccupations.
Pourquoi avoir choisi un quartier populaire comme Yopougon et non un quartier chic comme Cocody ou la Riviera ?
Cela n'aurait eu aucun intérêt. Je me voyais mal écrire Aya de Cocody. Yopougon est le quartier où je suis née et où tout le monde passe. Il y a la rue princesse où les jeunes chanteurs ont débuté leurs carrières et c'est aussi dans ce quartier que l'argot ivoirien, le nouchi, s'est vraiment développé.
Vous abordez dans ce troisième volume, l'homosexualité, un sujet qui reste encore tabou en Afrique .
En effet. Il est difficile d'être homo en Afrique sachant qu'une bonne partie le devient pour des raisons d'argent. J'évoque des situations que l'on peut vivre partout, que ce soit en Afrique ou ailleurs. Je parle aussi bien de l'homosexualité que de la polygamie dans ce livre.
Marguerite Abouet
On a l'impression de retrouvez certaines paroles de chansons dans les textes comme « c'est quel marathon où les femmes sont toujours derrière », tiré d'un titre du groupe ivoirien Espoir 2000. De quoi vous inspirez-vous pour écrire les dialogues ?
Je m'inspire de tout pour créer des personnages et trouver des motivations. J'observe les gens, je pique un peu leurs phrases. Je me sers également de chansons qui m'ont marqué. On retrouve aussi dans la bande dessinée cette phrase « l'homme est comme un lit d'hôpital, qui reçoit tous les malades », cité dans une chanson de Tshala Mwana.
La composition des familles est très particulière. Dans une même famille on retrouve plusieurs ethnies. Qu'avez- vous voulu montrer?
J'ai fait exprès de regrouper des noms qui se référaient à des ethnies différentes dans une même famille car c'est cette représentation que j'ai de l'Afrique. Je voulais montrer qu'en Côte d'Ivoire, on pouvait vivre ensemble, en communauté. Je suis pour la paix et non pour ces histoires d'ivoirité.
Pensez vous écrire d'autres bande dessinée de ce genre ?
Bien sûr, je ne compte pas me cantonnée à Aya de Yopougon. Le succès d'Aya m'a beaucoup étonné. Je ne pensais pas que l'histoire de galériens de Yop city allait tant intéresser les gens. J'envisage d'écrire un polar africain. Pour l'instant j'écris des scénarios de films pour TF1 et Canal Plus.
Est-elle commercialisée ailleurs qu'en France ?
Aya est distribué en Afrique mais elle coûte cher. Pour cela nous avons proposé une autre version plus souple pour l'Afrique, tout en couleurs, pour la somme de 3000 CFA (environ 5 euros).
Aya est une fille ambitieuse et studieuse mais qui a du mal à trouver l'amour. Selon vous, peut-on s'investir pleinement, à la fois dans les études et dans une relation amoureuse ?
Je suppose que oui, même si ça ne m'a pas réussi . Ma première relation m'a valu un échec au bac, que j'ai dû repasser (rires). Je pense que l'on peut s'investir pleinement dans les deux, cela dépend de la volonté, de ce que l'on attend de la vie et de la personne.
Mimi K.

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