Amélie Wabéhi : « Le théâtre est mon premier amour »
Amélie Wabéhi, artiste comédienne ivoirienne, était à l’affiche du diptyque « Sparadrap -Dragonnier » d’Éric Durnez, au Théâtre de Ménilmontant en janvier dernier. Elle y joue le rôle de Parfaite, une femme africaine séropositive et stérile qui est privée de l’affection de son mari Antoine. Rencontre.
Quel est votre parcours artistique ?
J’ai débuté mon parcours professionnel dans la troupe les guignols d’Abidjan en 1992. Bien avant cela, j’ai joué dans des petites troupes que je ne vais pas cité car la liste est longue. C’est feu Maiga Sédatif qui était l’intermédiaire du réalisateur M. Cuxac Daniel, qui a rassemblé les autres membres des guignols. Aujourd’hui, nous continuons de travaillons ensemble mais nous produisons moins de films car chacun va à ses occupations.
Comment avez-vous intégré la compagnie burkinabé Théâtre Éclair ?
La troupe Théâtre Éclair m’a sollicité depuis mon passage au Burkina en 2004 lors d’un spectacle avec l’équipe de Ma famille. Le directeur Alain Héma m’a approché et m’a ensuite parler du projet que j’ai trouvé intéressant.
Contrairement aux autres séries dans lesquelles vous jouez, tels que Ma Famille et les Guignols d’Abidjan où votre personnage évolue, vous répétez les mêmes répliques et les mêmes gestes. Était-ce lassant ou cela vous a plutôt permis de vous perfectionner ?
C’est vraiment autre chose. Au théâtre, il y a des règles à respecter. Ce n’est pas lassant du tout pour moi, sachant que le théâtre est mon premier amour. C’est vraiment différent des tournages de ma famille et des guignols où l‘on improvise beaucoup. Je dirais toujours que la caméra c’est de la triche. Tout le monde peut être acteur, tout le monde ne peut pas être comédien. Avec Dragonnier, le travail est plus professionnel. C’est du live comme on le dit chez nous et le théâtre ne trompe pas.
En Afrique, la femme est souvent associé aux valeurs traditionnelles. Selon vous, y a-t-il eu un changement ?
Je ne pense pas. Le problème de la femme stérile demeure toujours en Afrique. Elle est rejetée dans la plupart des communautés africaines voire taxé de sorcières. On dit d’elle qu’elle a le ventre sec car elle ne peut pas perpétuer le nom de la famille qu’elle a intégré. Ce qui signifie donc l’extinction sachant que les enfants comptent beaucoup en Afrique, ce pourquoi on n’en fait pas un ou deux mais plusieurs.
Selon vous, quel peut être l’impact de la femme sur les sociétés africaines ?
.Si la femme africaine est socialement indépendante, les choses pourraient changer. Grâce à dieu, on retrouve des femmes dans de nombreux secteurs, même si elles ne sont pas assez. Les hommes commencent à faire confiance aux femmes, et vu qu’elles sont battantes elles pourront se donner une place. Les choses iraient mieux avec les femmes car elles ont cet instinct maternel, elles sont plus douces, plus tolérantes.
Que pensez-vous du cinéma africain ?
Le cinéma africain continue de se battre. Il a encore du mal à trouver sa place dans le monde cinématographique, faute de moyens et de matériels. Voilà pourquoi des scénaristes vont chercher le financement en Europe malgré certaines contraintes. Cependant, j’encourage ceux qui se lancent dedans
Ne pensez-vous pas que le cinéma africain a du mal à s’imposer parce qu’il est souvent associé au comique?
Je ne le crois pas. La compagnie Hercub a organisé par exemple une projection du film Keita, l'Héritage du Griot de Dani Kouyaté, qui ne faisait pas du tout rire. L’humour a aussi sa place et de plus en plus les téléspectateurs se déplacent pour regarder quelque chose d’humoristique. Cependant, je ne pense pas que le cinéma africain tourne autour de l’humour.
Avez-vous rencontré d’autres comédiens africains durant votre séjour ?
Je suis souvent avec mon amie et sœur de tous de les jours Éléonore. J’ai aussi rencontré des comédiens burkinabés, des metteurs en scènes lors des représentations et nous avons discuté des projets futurs
On a pu remarquer un changement de décor dans les guignols d’Abidjan. Pourquoi ce choix ?
Tout évolue ! Mais les lieux dépendent des thèmes choisis. Nous ne pouvons pas mettre en scène un Gohou riche dans un bas quartier. Nous pouvons aussi bien retourner dans un quartier populaire, ce n’est pas exclut.
Dans un épisode de Ma famille, vous entretenez une relation intime avec Bohiri, qui est l’époux de votre meilleure amie Delta. Quel a été votre réaction à la vue du scénario ?
Avant d’écrire le scénario Delta m’en avait parlé et je n’étais pas très partante au départ. Je demande aux téléspectateurs d’en tirer une leçon car à travers cet épisode, on veut montrer que la vie nous réserve des surprises. Il faut parfois éviter de faire intervenir nos amies pour régler les problèmes de foyers. Dans ma famille, je suis l’amie de delta et je viens tout le temps dans son foyer parce que ça ne va pas chez moi
Cet épisode a surpris beaucoup de gens ?
Bien sûr ! Il fallait qu’on choque pour faire passer le message. J'ai même été agressé suite à la diffusion de cette scène à Abidjan. J’ai eu beaucoup de difficultés à circuler normalement et c‘était la même chose en Afrique centrale. Je me suis rendu compte que le problème des femmes était unique. Je pense que leurs réactions viennent du fait qu’elles se voient menacées par une de leurs amies comme Delta. Je dirais quand même à mes sœurs que cela reste un film.
La Wabéhi que l’on voit dans les films est-elle celle de la vie de tous les jours.
Pas du tout. C’est une femme très compréhensive, attentive, qui n’aime pas trop les histoires. Une femme tout simplement.
Qui ne prend pas le palabre de ses copines, comme votre personnage?
Je n’aime pas l’injustice. Lorsque l’injustice se présente quelque part, je porte mes gants et j’y vais. Je veux toujours voler au secours de mon prochain.
Comme beaucoup de comédiens et comédiennes ivoiriennes, avez-vous l’intention de réaliser votre propre série ?
Bien sûr, c’est un rêve. Mettrétée en scène ses idées c’est comme mettre un enfant au monde. C’est une fierté car c’est notre expérience que l’on met devant une caméra. En tous cas, ce n’est pas exclut de mes projets.
Certains magazines ivoiriens ont créé une polémique sur le départ de certains acteurs de Ma Famille, en parlant de trahison envers la réalisatrice Akissi Delta. L’avez-vous vécu de cette façon ?
Akissi Delta m’a fait part de cette histoire, qui l’a beaucoup touchée d’ailleurs car c’est en pleurant qu'elle m’a annoncé cette nouvelle. Des comédiens ont signé un contrat d’exclusivité avec un autre groupe sans même nous avertir, nous qui sommes des amis. Je pense que lorsque ce genre de problèmes se pose, il faut en discuter pour éviter certaines polémiques. C’est par manque de dialogue que beaucoup de choses arrivent. J’ai été touché personnellement car deux de mes amis ont intégré le groupe : Gohou et Nastou, et cela m’handicape car je ne pourrais plus tourner les Guignols.
Quels conseils pourriez vous donner à une personne qui veut se lancer dans la comédie?
De s’armer de patience car le chemin est long. Ne vient pas au théâtre qui veut. La porte n’est pas toujours grandement ouverte.
M. K.

Commentaires